AIR AFRIQUE, Pour l’histoire, qui a «tué» » la compagnie ?

Au lendemain des indépendances, 11 États africains voulant surpasser les frontières héritées de la colonisation décidèrent de créer le 28 mars 1961 à Yaoundé (Cameroun) Air Afrique. Une compagnie qui au-delà de son caractère sous régional et économique, devait constituer un creuset de solidarité et de fraternité entre États membres.

Air Afrique était composée de 11 États africains (CamerounSénégalCôte d’IvoireRépublique Centre AfricainebéninCongo-BrazzavilleBurkina FasoMauritanieNigerTchadGabon). Chaque État détient 6,54% du capital, la Sodetraf (UTA majoritaire et Air France) détiennent 33%.

Pourquoi la présence d’Air France dans le capital?

Il faut savoir qu’Air Afrique est issue des cendres de la Régie Air Afrique le 11 mai 1934, dont l’objectif était de rationaliser l’exploitation des lignes aériennes des colonies françaises d’Afrique. Mise en sommeil au début de la Seconde Guerre mondiale, elle rejoint la compagnie Air France en 1941. La compagnie va renaitre de ses cendres à l’orée des indépendances à Yaoundé sous la houlette de 11 États africains et naturellement avec la présence de Air France dans le capital.

Siège d’Air Afrique à Abidjan

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La nouvelle compagnie version africaine va installer son siège à Abidjan. Les premiers vols ont eu lieu le 15 octobre 1961 avec comme premier directeur général, le sénégalais Cheikh Boubacar Fall (décédé en 2006). Sous son magistère, la compagnie connaît une progression fulgurante et dessert 22 pays africains, ainsi que l’Europe et l’Amérique.

Senghor a-t-il saboté l’avenir de la compagnie en limogeant Cheikh Boubacar Fall ?

Air Afrique se développe, aiguise des appétits et cristallise les regards. Mais vers les années 1970, les problèmes commencent à cause dira-t-on d’une gestion laxiste rendue plus complexe par des antagonismes politiques. Cheikh Boubacar Fall, son DG est sous les feux des projecteurs et son exposition médiatique dérange visiblement le président poète Léopold Sédar Senghor. Ce dernier lui prête des ambitions jugées politiques et orchestra sa défenestration à la tête de l’institution.

Le français Billecart accélère la décadence de Air Afrique

Soucieux de maintenir en vie cet outil d’intégration, les chefs d’État décidèrent pour la première de confier sa gestion à

Yves Roland-Billecart, ancien président d’Air Afrique
Afriquemidi

un non africain, ainsi ils nommèrent en 1989 le français Yves Rolland Billecart. Avec lui commença la descente aux enfers d’Air Afrique. La compagnie tangue entre mauvaise gestion et sabordage.

Les PDG qui se succédèrent aux commandes n’ont pas pu ou su maintenir l’équilibre financier face aux différents chocs pétroliers et à la dévaluation du franc CFA. Ils sont contraints de suspendre les opérations en 2001. Déclarée en faillite le 7 février 2002 après une longue agonie. Elle est mise en liquidation le 27 avril 2002 laissant 5500 employés désemparés, dont 724 Sénégalais.

Nébuleuse sur la liquidation de la compagnie

Alors que les droits d’une centaine d’entre eux avaient été réglés en Europe et dans certains lieux, une liquidation judiciaire était ouverte dès 2002, à Dakar pour les employés sénégalais. Une liquidation qui a duré 11 ans, sans aucun résultat probant pour les ex-agents sénégalais de la compagnie. Au contraire de leurs ex-collègues des autres États membres qui ont pratiquement tous été indemnisés, ils auront vécu 11 années de souffrances, de galère, qui ont vu de nombreuses familles éclater et des décès se succéder.

Voilà l’histoire de Air Afrique, l’un des exemples les plus aboutis de coopération interétatique.

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