LA FIN DES VILLAGES DE RECLASSEMENT SOCIAL

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Macky Sall a annoncé la suppression du statut spécial des villages de reclassement social. Ces villages – au nombre de neuf dans le pays – ont été créés sous la colonisation pour écarter les lépreux de la société et sont régis par une loi datant de 1976

Au milieu de ses enfants et petits-enfants en bonne santé, Cheikh Fall, ancien lépreux de 81 ans, raconte comment il a été chassé par sa famille. Les doigts amputés, il est arrivé en 1962 dans ce village de reclassement social. « On a beaucoup soufferts, il y avait une stigmatisation même par nos proches parents. Parce qu’avant, il n’y avait pas de médicament pour soigner la lèpre. Maintenant, beaucoup de Sénégalais savent que la lèpre se guérit. C’est pourquoi il y a moins de stigmatisation. »

Pendant 10 jours, une équipe du programme national pour l’élimination de la lèpre est passée dans chaque maison de ce village de 3 000 habitants. Aucun cas de la maladie infectieuse n’a été détecté. Après avoir pris le poids de chaque membre de la famille, la dermatologue Dr Fatou Diop les ausculte un à un puis leur donne un traitement préventif. « La détection de la lèpre passe par l’examen de la peau à la recherche d’une tache dont la couleur est moins foncée que la peau. On fera ensuite des tests cutanés s’il y a une tache », explique-t-elle.

Pour Abdoulaye Mar, chef de quartier, prouver l’absence de la lèpre est essentiel pour supprimer le statut discriminatoire de « village de reclassement social ». « Nous n’avons pas les mêmes droits que les autres villages, dit-il. Le village de reclassement social ne se trouve pas dans la cartographie du pays. C’est-à-dire que nous sommes éliminés du Sénégal. C’est injuste. Nous voulons être comme tous les autres villages. »

Le président Macky Sall a promis la « suppression définitive » de ce statut. Une nouvelle qui satisfait Papa Mamadou Diagne, président de l’association sénégalaise de lutte contre la lèpre. « C’était un long combat pour l’abrogation de cette loi qui est obsolète, d’autant plus qu’il n’y a pratiquement plus de malades de la lèpre dans les villages de reclassement social. Les personnes qui y habitent n’ont pas le droit à l’extension des terres. Une fois, on m’a reproché d’avoir pris les semences que l’on donne aux agriculteurs parce que je venais d’un village qui n’existait pas sur la cartographie sénégalaise. D’où l’intérêt d’abroger cette loi », conclut-il.

Au Sénégal, seulement 189 cas de lèpre ont été détectés en 2019 sur tout le territoire.

Rfi

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