Haïti: Jovenel Moïse, entrepreneur prospère devenu président au destin tragique

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Le président haïtien Jovenel Moïse, 53 ans, a été assassiné ce mercredi matin dans sa résidence en banlieue de Port-au-Prince, dans des circonstances encore floues. Il dirigeait le pays depuis le 7 février 2017.

Jovenel Moïse se présentait volontiers comme « un petit paysan qui avait réussi ». Né en 1968 à Trou-du-Nord, dans le nord-est du pays, il est à la tête d’une entreprise de production et d’exportation de bananes et encore inconnu sur la scène politique, lorsque l’ancien président Michel Martelly, fondateur du parti haïtien Tèt Kale, le choisit comme poulain.

Soutenu par de riches familles haïtiennes, l’homme d’affaires promet l’électricité pour tous, 24 heures sur 24. Il arrive en tête de l’élection présidentielle d’octobre 2015, un scrutin annulé en raison de « fraudes massives », selon le rapport d’une commission d’enquête.

Un an plus tard, nouvelle élection. Jovenel Moïse est élu dès le premier tour, mais le scrutin est marqué par un très fort taux d’abstention. Cette prise de pouvoir chaotique aggrave la crise politique et sociale dans laquelle est plongée Haïti.

Dès 2018, après qu’a éclaté l’affaire PetroCaribe, dans laquelle plusieurs présidents sont impliqués, des manifestations appellent à son départ. Le deuxième rapport de la Cour des comptes sur PetroCaribe pointe du doigt l’implication de Jovenel Moïse lui-même dans un « stratagème de détournement de fonds ».

L’opposition appelle à sa démission. Entre septembre et décembre 2019, ce bras-de-fer politique débouche sur un mouvement de contestation sans précédent : « pays lock », pays « bloqué » en créole. Pendant trois mois, barricades et violences empêchent la libre circulation des personnes et des biens à travers l’ensemble du pays, coupant ainsi les provinces de la capitale.

Inaction face à l’insécurité

Ces derniers mois, Jovenel Moïse était accusé par une partie de l’opposition, des organisations de la société civile et des juristes d’occuper illégalement ses fonctions depuis le 7 février dernier, c’est-à-dire cinq ans après la date des élections. Lui soutenait que son mandat courait jusqu’au 7 février 2022… C’est-à-dire cinq ans après sa prestation de serment.

Le président haïtien était aussi accusé d’inaction face à la montée de l’insécurité, notamment des enlèvements contre rançon et de l’extension des territoires contrôlés par les gangs… Accusé aussi de dérives autoritaires, dès l’année dernière, il avait commencé à gouverner par décret, sans Parlement. Jovenel Moïse avait également mis en chantier une réforme institutionnelle.

Un référendum constitutionnel initialement prévu en avril, reporté une première fois au 27 juin puis à nouveau en raison de l’épidémie de Covid-19, devait se tenir le 26 septembre. La réforme avait pour but de renforcer les prérogatives l’exécutif.

rfi

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