Atelier sur le financement du développement en Afrique : Les Observations des organisations de la société civile

Les représentants d’un groupe de plus de 40 organisations de la société civile venant d’Afrique et du monde entier, réunis à Abidjan (Côte d’Ivoire), en marge du Forum de la société civile et en prélude aux Assemblées annuelles 2018 de la Banque Africaine de Développement (BAD) ont réaffirmé leur plaidoyer en faveur d’un développement et d’une industrialisation de l’Afrique résilients aux changements climatiques et centrés sur les populations, sous l’angle du Genre, de l’Energie, de la Participation et de la Reddition des comptes.

Dans un communiqué conjoint, les OSC ont relevé plusieurs observations. D’abord il a été souligné qu’«une stratégie de développement reposant sur une industrialisation strictement dirigé par le secteur privé, risquerait de ne pas apporter une transformation équitable et inclusive répondant aux désirs et aspirations des populations africaines ».

A ce propos, la société civile pense plutôt que, « l’industrialisation de l’Afrique doit refléter les besoins et les droits fondamentaux des communautés et non seulement pas les intérêts des entreprises transnationales et investisseurs étrangers. L’industrialisation de l’Afrique devrait donc s’appuyer sur moteurs du développement durable en milieu rural, notamment les entreprises à capitaux africains et les petites et moyennes entreprises locales ».

Dans cette perspective, note-t-elle, les gouvernements africains ont un rôle crucial à jouer, notamment faciliter un environnement propice à l’industrialisation, mais également fournir les services sociaux de base, protéger les droits des citoyens et sauvegarder les services publics. Malheureusement, «l’obsession actuelle sur les Partenariats Public Privé (PPP) en tant que seul catalyseur de l’industrialisation et ignorant le rôle des populations, ne permettra pas de réaliser le programme de transformation de l’Union Africaine à l’horizon 2063, ni l’Agenda 2030 des Nations Unies sur les objectifs de Développement Durable ».

     « La BAD a encore beaucoup de chemin à faire pour mettre en pratique ses engagements »

A l’échelle du continent et particulièrement au niveau communautaire, il a été mentionné que la société civile rencontre de plus en plus des obstacles liés à la participation effective aux processus de développement. Mais malgré des progrès réalisés dans un passé récent, les OSC pensent que « la BAD a encore beaucoup de chemin à faire pour mettre en pratique ses engagements de collaborer de façon proactive la société civile. Malheureusement cette situation se reproduit aux niveaux pays, projet et politique, où la société civile et les communautés n’ont pas accès à l’information, ne sont pas effectivement consultées et font face à des menaces et intimidations liés au rétrécissement des espaces dédiés à la société civile ». « D’autre part, les communautés affectées par des projets financés par la BAD n’ont souvent pas accès à la réparation ».

En outre, les opérations de la Banque affectent différemment certains groupes de la société. Ainsi, la BAD reconnaît l’importance de l’équité Genre comme essentiel au développement économique et social et à ce titre, nous saluons la politique ainsi que la stratégie Genre de la Banque, visant à permettre au personnel et aux clients de la Banque de prendre en charge l’équité Genre dans toutes ses activités. Cependant, la politique n’est pas assez forte pour traiter toutes les questions pertinentes liées au Genre et sa mise en œuvre laisse à désirer.

« Nous reconnaissons certes les efforts de la BAD dans la lutte pour l’accès à l’énergie à travers son portefeuille d’investissement, mais nous exprimons notre profonde inquiétude quant à la poursuite des financements de projets basés sur les combustibles fossiles et des grandes centrales hydroélectriques ayant des impacts sociaux et environnementaux négatifs sur les communautés, a fait savoir la société civile.

                                        L’appel des OSC à la BAD et à ses actionnaires

Les OSC ont exhorté la Bad et ses actionnaires à accorder la priorité aux entreprises à capitaux africains et aux PME/PMI locales, et veiller à ce que les protections sociales et environnementales ne soient pas sacrifiées dans l’effort d’attirer l’investissement privé dans la mise en œuvre de son agenda «Industrialiser l’Afrique.

Mais aussi impliquer fortement la société civile dans la mise à jour du Cadre d’engagement des OSC et assurer une mise en œuvre rapide des réformes. Assurer une participation significative de la société civile dans les révisions envisagées du système de sauvegarde intégré, du Mécanisme Indépendant d’Inspection, ainsi que dans la préparation des Documents de Stratégie Pays (DSP). Mettre en œuvre convenablement la politique et stratégie Genre  de la Banque, et consulter la société civile – à la fois au sein et en dehors du Comité BAD – OSC dans l’élaboration de la nouvelle Stratégie Genre.

Faire correspondre les objectifs ambitieux de la BAD en matière d’accès à l’énergie exprimés dans le «Nouveau Partenariat sur l’énergie» en allouant au moins un tiers à la cuisson propre et aux énergies renouvelables, en mettant l’accent sur l’utilisation productive et les services essentiels comme la santé et l’éducation. Au niveau national, la Banque devrait se faire le champion de la planification énergétique intégrée afin d’assurer la combinaison optimale des approches réseau et hors réseau. Dans le cadre de son engagement sur l’accord de Paris sur les changements climatiques, la société civile demande à la BAD d’arrêter de financer les centrales électriques à charbon.

Les OSC ont aussi exhorté la BAD à s’engager de manière plus significative avec la société civile et d’autre part, nous nous engageons à poursuivre nos efforts et soutien à la réalisation d’une vision du développement de l’Afrique basée sur les droits humains et d’une industrialisation de l’Afrique qui se veut durable, inclusive et centrée sur les personnes.

Par Jacques Ngor SARR, mediaspost.com

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