Sur l’échiquier politique sénégalais, un duel institutionnel inédit fait rage sous nos yeux. D’un côté, un exécutif intransigeant ; de l’autre, la majorité parlementaire de Pastef. Loin d’une simple querelle partisane, ce tête-à-tête illustre la volonté affichée de deux légitimités d’exister pleinement, quitte à pousser les textes fondamentaux jusqu’à leurs ultimes retranchements. Le bras de fer prend désormais les allures d’un interminable ping-pong juridique. Les initiatives législatives portées par Pastef – à l’instar de la révision constitutionnelle ou de la réécriture du régime des crédits spéciaux- se heurtent systématiquement aux saisines de la présidence et aux censures répétées du Conseil constitutionnel. Mais malgré ces camouflets successifs, le groupe parlementaire refuse de poser les armes et réaffirme ses ambitions de « rupture administrative ». Face à lui, l’exécutif campe sur ses positions, érigeant la défense absolue de la loi fondamentale en ligne de conduite inviolable. Ce jeu d’échecs normatif, où la séparation des pouvoirs vire à l’instrumentalisation tactique, fait courir un risque majeur : celui de la paralysie pure et simple de l’action publique.
Le peuple sénégalais ne saurait s’accommoder indéfiniment de ces querelles d’initiés au moment exact où les urgences du quotidien s’accumulent
Pourtant, cette guerre d’usure frappe aujourd’hui un mur infranchissable : celui de l’exaspération citoyenne. Le peuple sénégalais, dont le pragmatisme et la maturité démocratique ne sont plus à prouver, assiste avec une amertume grandissante à ce gaspillage d’énergie, alors même que les urgences socio-économiques s’accumulent.
La réalité est brutale : la légitimité d’une gouvernance ne se valide ni dans l’hémicycle, ni au prétoire du Conseil constitutionnel. Elle se mesure dans l’assiette des citoyens, dans le pouvoir d’achat, l’accès aux soins, l’éducation et l’emploi décent. L’élaboration de la loi ne peut plus être le jouet de calculs d’appareil ; elle doit impérativement redevenir le levier de l’intérêt général. Elle a pour vocation unique d’incarner la volonté générale et de soulager le fardeau des ménages. Il est plus que temps de sortir la politique des prétoires pour la ramener sur le terrain du réel, là où le développement s’évalue à hauteur d’homme.
Il y a aujourd’hui urgence absolue à sortir la politique du terrain procédural pour la ramener sur le terrain du développement. L’exécutif et la majorité parlementaire de Pastef ont le devoir impérieux de troquer la joute des textes contre l’exigence des résultats. Le temps presse.
En République, la légitimité ne découle pas seulement de la majorité arithmétique qui vote un texte, mais de la justice intrinsèque de ce texte. Replacer l’intérêt public au cœur du travail législatif est la seule voie pour restaurer la grandeur de la politique et répondre aux attentes légitimes du peuple.
Par Jacques Ngor SARR

