Manipulation institutionnelle contre vérité financière

Un contre-feu politique, allumé à la hâte, pour étouffer le scandale des 37 milliards de l’ASER remis au centre du débat par le député Thierno Alassane Sall. Le Pôle Judiciaire Financier a désormais une obligation historique

Le calendrier politique n’obéit jamais au hasard. Mais la concomitance des derniers événements parlementaires dépasse l’indécence républicaine. Alors que les Sénégalais attendaient des réponses claires sur le gouffre financier de l’Agence Sénégalaise d’Électrification Rurale (ASER), ils ont assisté à une diversion grossière : l’introduction en catimini d’une proposition de loi constitutionnelle. Un contre-feu politique, allumé à la hâte, pour étouffer le scandale des 37 milliards de l’ASER remis au centre du débat par le député Thierno Alassane Sall.

Ce qui se joue à l’Assemblée nationale n’est pas une urgence législative, mais une mascarade. Copier-coller un projet de loi du président Bassirou Diomaye Diakhar Faye, déjà soumis au Conseil Constitutionnel, relève d’une malhonnêteté institutionnelle flagrante. Cette manœuvre n’a qu’un objectif : fabriquer une crise artificielle pour détourner le peuple de l’essentiel, la reddition des comptes.

Les faits sont implacables. Selon le député Thierno Alassane Sall, en seulement 48 jours, 37 milliards de francs CFA ont été dissipés à travers 139 virements bancaires. L’argent destiné à électrifier nos villages a été transféré vers des filiales d’AEE POWER EPC en Côte d’Ivoire, au Bénin, en Égypte, en Tunisie, et encore. Pendant que nos campagnes attendent des poteaux électriques, les milliards s’évaporent à travers le continent. Pas un franc n’a été investi dans l’électrification effective du Sénégal.

Le Pôle Judiciaire Financier a désormais une obligation historique : aller jusqu’au bout de l’enquête face à ce pillage organisé.

Souvenons-nous des déclarations faites à Dakar Arena et ailleurs, l’ancien Premier ministre affirmait avec aplomb qu’il n’y avait « aucun scandale » à l’ASER. Aujourd’hui, les 139 virements transfrontaliers le démentent cruellement. Sa responsabilité politique et morale est donc engagée. On ne peut pas chanter la transparence au cours d’un meeting et activer des boucliers législatifs au moment de faire les comptes.

Nous appelons les forces vives de la nation, la société civile et les citoyens épris de justice à refuser ce troc indigne : la vérité sur les 37 milliards ne se négociera pas contre une révision constitutionnelle de façade.

Le seul vrai sujet, c’est la lumière, au sens propre comme au sens figuré.

La justice doit agir, sans entrave et sans diversion.